Le grand genre Despentes. Apocalypse bébé.

février 14, 2014 dans Bouquinage

Que cet article va être compliqué, mon dieu !

bb

« Virgnie Despentes ? C’est bien ça ? » M’a demandé une fille du ton le plus dédaigneux qu’il soit. « C’est trash non ?  Je vois pas l’intérêt »
Beaucoup des personnes se trouvant là ont du penser comme elle. Ça ne vaut pas du Victor Hugo ou du Zola mais ça me distrait autrement plus et se commente pareil.

Ainsi dans l’article qui va suivre, certaines questions sont directement inspirées de cette fille là, qui me toise et me méprise ouvertement avec son air et son regard de poisson mort.

Je peux enfin répondre à la question « Apocalypse Bébé, ça parle de quoi ? »
Très simplement, d’une gamine qui se fait la malle et d’une détective privée pataude qui doit la retrouver.

« C’est pas folichon. »
Non, c’est pas folichon. Quelques critiques sont bonnes, enfin, par critique j’entends petites phrases bien placées, petites piques vicieuses qui arrachent un sourire.

« Elle écrit mal en plus, non ? »
Pour une fois (enfin, d’elle je n’avais lu que Baise-Moi), ce roman n’est pas bâclé. Je le répète le style n’est pas du Stendhal -putain je ne sais jamais où est le H !- mais ça se lit, c’est agréable. On voit que le livre a été travaillé. Je dis ça car Baise-Moi, rassemble tout un roman, mais, écrit à la va-vite, les mots balancés à l’arrache, vulgaires, sujet-verbe-complément en option.  Alors qu’ici, au moins, on peut voir des connecteurs logiques entre les phrases et une suite, toujours logique, dans le récit. Plus agréable à lire comme ça.

Virginie Despentes a aussi tenté un truc qui m’a paru sympathique. La narratrice est la détective privée en charge de l’affaire, « Je » qu’elle dit, et « je » est la dernière des cruches. Cependant le récit est coupé par chapitre par des histoires de personnes « Il » ou « Elle ». Ainsi : « Il » ou « elle » à rencontrer Valentine la fugueuse, et leur histoire est narrée par ce schéma : qui sont-ils -> comment Valentine a débarqué dans leur vie (version vérité) – > les détectives qui viennent fouiner (version arrangée).
Ça vaut ce que ça vaut, mais cette cassure dans le récit n’est pas désagréable, elle adapte bien son style au personnage. Cette une structure vraiment intéressante et agréable à lire !

Les intérêts :
Elle nous parle de la crise, et ancre le récit dans la réalité pure parisienne ou barcelonaise. Quoi qu’il en soit, on reconnait bien notre contexte actuel, nos petits milieux.
Nos petits milieux ? Sociaux oui. Elle a un peu joué à la croisée des genres. Ce qui est tout à son honneur du point de vue que c’est bien fichu. Le fait de consacrer une partie à chaque personnage permet de comprendre son attitude et de montrer un aspect du système. On part de la vieille bourgeoise aigrie en passant par le jeunot de banlieue révolté en arrivant à la détraquée de base.  Archétypes me direz-vous ? Peut-être, mais un bon reflet, un bon croisé.

Merveilleux spoiler, à ne pas lire si vous n’avez pas déjà zieuté le bouquin :
Avec la déchéance de chacun, l’horreur dans laquelle tous finissent par tomber. Les différentes trahisons, en fait, puisque ce bouquin, il ne parle que de ça. 
Il parle d’une manipulation malsaine, pure et dure, de différents personnages, tous intelligents à leur façon mais aussi bêtes, aussi gauches que les autres. Avec leurs mille bonnes raisons d’agir ainsi, portant dans leurs bagages tous leurs vices.
C’est cela, ils auront tous manipulé, joué avec une gamine qui, en fait, a entamé une croisade pour trouver l’amour, l’amour d’un père, d’une mère, d’un frère,  d’un garçon, d’un groupe. Et qui, chaque fois, se fourvoiera. Bien sûr, un temps, ils la prendront sous leurs ailes, et puis, décrépitudes, engueulades d’ados, distance ou honte, ou que sais-je. Tous lui tourneront le dos successivement, dans cette course à la trahison, l’abandon deviendra un sentiment de plus en plus fort. Alors que cette petite, elle, ne cherchait qu’à se construire une identité, à être quelqu’un. Elle n’était pas une bourgeoise comme sa famille. Ni une fille facile comme sa mère. Elle a été mauvaise en pute, nulle en princesse, mauvaise en altermondialiste. Dans sa rechercher de la vérité –car, finalement, le livre parle de ça aussi-  elle sera dérouillée facilement, car les méchants se cachent derrière le masque des gentils et vice versa. Elle ne la trouvera que difficilement, elle a été influençable par tous, à tester tous les milieux pour faire son trou et évoluer du mieux qu’elle pouvait.
Mais enfin, c’est dans l’autodestruction, dans l’apocalypse la plus totale que ce bébé trouvera sa place, ce but, cette fausse vérité qu’elle cherchait tant.

Le problème du genre Despentes, c’est le trash, en effet, c’est un des intérêts de son livre Baise-moi. Cependant ici, le trash est par pincées, par le fait que les milieux que Valentine fréquente ne sont pas toujours bons et qu’elle ne sait pas trop quoi faire de son corps. Le trash est aussi injecté par le fait que les enquêtrices ne savent pas tellement comment s’amuser dans Barcelone. Je parlais ici de trash sexuel.
Le trash des situations, est de parler de revente de drogues ou des différentes magouilles des différents personnages. Les histoires de vies sont plutôt sombres et les personnages se prêtent à un jeu de masques perturbant, terrifiant. Ainsi, leur vie peut être considérée comme « trash » dans le sens où tout le monde ne vit pas ces aventures-là. De plus le style Despentes se veut crue, mais le fait qu’elle ait fait un réel travaille au niveau du style, permet à la pilule de passer le plus convenablement du monde.

Je n’aime pas la fin, trop longue, trop de fioritures, trop de questions mal amenées.
Il y a une fausse happy-end que je trouve dérisoire, une intrigue d’amourette d’une bonne idée mais on a l’impression qu’elle n’a pas su la terminer, s’en dépêtrer convenablement.
Un plutôt bon rebondissement, une signature de fin intéressante, mais ensuite l’auteure à choisie de continuer. L’initiative aurait pu être bonnes, de bonnes questions, nous laissant un peu sur notre faim, un bon angle de vue –faire tomber des gens dans l’oubliette, de nouveau manipuler l’opinion et la vérité-. Mais le tout est si mal introduit et trop long, et on se retrouve avec une amourette dont on ne sait que faire !
A vous de juger !

Des mots clefs ?
– Masques. Vérité/mensonge.
– Parcelles de vies/Milieux sociaux
– Manipulation
– Recherche d’identité
Dernier point : le contexte actuel, très ancré, au moment où les révolutions arabes ont pu faire entendre leurs cris grâces aux réseaux sociaux, il est question de ces nouvelles technologies et de leurs répercutions. Surtout si on prend en compte la revendication via internet de certains faits grâce à des vidéos circulant sur le web. Tout cela est montré, dans l’aspect de tension qui règne et de manipulation, revendications internet et agressions poluplaires.

Et puis, il me semble que ma prof d’histoire de Terminale aimait bien ce livre, alors si elle l’aimait bien, c’est qu’il est bien, car ma prof, elle était super bien !

« Qu’est ce qui s’est passé ? »

 

 

Par Lskymc pour le Bar aux Lettres